La Chevalerie de l’Arc

Au Moyen-âge, la noblesse était une chose, la Chevalerie en était une autre et il ne suffisait pas d’être noble pour être Chevalier. Il fallait en plus avoir des qualités rares pour l’époque de générosité, d’amour du prochain et d’honneur. Soucieuse de développer dans ses rangs ces sentiments vertueux, la Noblesse Guerrière instaurât la Chevalerie Militaire dans une bonne partie de l’Europe.

 

Les guerres de l’époque étant meurtrières, les soldats de métier ne  suffisaient pas à fournir assez de troupes pour les combats ou pour la  garde des villes. Les aventuriers et les  » chômeurs  » d’alors s’enrôlèrent ou furent enrôlés volontaires dans les troupes d’infanterie. Ces hommes libres, juraient de se prêter assistance en toutes circonstances.

Les compagnies étaient issues d’organismes semi-militaires, semi-civils, doublés généralement d’une confrérie religieuse au Moyen Âge, et dans lesquels les milices s’entraînaient. L’insécurité des campagnes poussait les serfs, les artisans et les bourgeois d’une même localité à se grouper dans un but de défense, à s’armer et à s’entraîner le dimanche.

Le roi, seul suzerain des villes alors émancipées de la tutelle seigneuriale locale, s’assurait ainsi un surcroît d’hommes armés que ne pouvaient lui proposer les seigneurs; le roi ne dépendait plus de la volonté de ses vassaux.

 

C’est en fait à partir du XIIème siècle, lors de l’affranchissement des communes par Louis VI le Gros, que ces compagnies s’organisèrent en confréries militaires qui prirent le nom de guildes en pays germanique et flamand.

Suivant les contrées, ces Guildes devinrent des  » Serments « , des  » Connétables  » ou des  » Confréries « . Les privilèges accordés à ces troupes d’élite étaient nombreux. Les archers avaient le pas sur les autres corporations, ils étaient exempts de presque toutes les charges qui pesaient sur les habitants.

En 1260, saint Louis publia une ordonnance par laquelle chacun était  » requis de prendre exercice du noble jeu de l’arc plutôt que de fréquenter d’autres jeux dissolus  » et il s’inscrivit lui-même comme membre d’une confrérie. Le tir à l’arc devint ainsi une pratique répandue dans les  campagnes autour des bourgs.

 

Charles V institua certaines règles d’intronisation au rang de Chevalier auxquelles les Compagnies d’Arc devaient se soumettre. Serment solennel de fidélité aux vertus de la Chevalerie, obligation de défendre leur ville contre les ennemis, participation au maintien de l’ordre dans la cité.

Ces règles n’ont jamais été modifiées dans leur fond, bien qu’elles aient subi quelque modernisation.

Plus tard Charles VII créa les Francs-Archers, exempts d’impôts.

Ces compagnies furent dotées de franchises et de privilèges par tous les rois de France.

 

Les sociétés d’arc furent, peu à peu, remplacer par des groupements d’arbalétriers, supplantées modernisme oblige par les arquebusiers. Toutefois, fier de leurs prédécesseurs, ces Compagnies nouvelles maintinrent les traditions.

La révolution française et les erreurs qu’elle a commise ou n’a pu empêcher ont fait que les biens et avantages acquis au cours des siècles ont été annihilés et ces nobles Compagnies condamnées au nom de la France alors qu’elles avaient participé à sa création depuis le premier moment. Certains Officiers furent persécutés voire décapités, il ne restait plus aux survivants que la mémoire des traditions et l’Esprit des vertus ancestrales.

A peine le calme revenu et l’ordre rétabli, la Chevalerie renaît. De tous cotés, au Nord, au Centre, aux quatre coins du pays, les Compagnies se reformaient appauvries mais toujours aussi vivaces. Depuis, la Chevalerie de l’Arc n’a cessé de se développer, de reconquérir la faveur, la protection et les encouragements des autorités. Ainsi Napoléon III remit plusieurs fois des prix à diverses Compagnies et autorisa le 6 Août 1853 la Compagnie de Paris à prendre le titre de  » Compagnie Impériale de l’Arc « . Plus tard, les Présidents de la République dotèrent le Championnat de France d’un vase de Sèvres destiné au champion annuel.

En 1863, pour rester en accord avec l’évolution de la société civile et des mentalités, sous la responsabilité du Docteur DENONVILLIERS de la Compagnie impériale de Paris, des statuts nouveaux sont publiés, écartant des textes toutes références religieuses, rapprochant étroitement la Chevalerie de l’arc des structures du compagnonnage.

A la fin du XIXème siècle, Paris et sa banlieue comptent près de deux cent compagnies regroupées en quinze familles. Chaque famille a un comité et l’ensemble de ces comités forme une sorte de conseil supérieur de Chevalerie.

Sous l’égide d’Octave JAY, capitaine de la Compagnie de Saint-Pierre de Montmartre, en 1899 les familles de l’Île-de-France et des compagnies de l’Oise se regroupent pour fonder la Fédération des Compagnies d’Arc d’Île-de-France, munie d’un Conseil supérieur qui s’est donné entre autres la mission d’entretenir l’esprit de confraternité dans la Chevalerie d’arc.

Les rites liés à la chevalerie sont modifiés, conformément à la loi de 1901 qui interdit toute référence religieuse ou politique dans le cadre d’une association, ils sont laïcisés par O. JAY (qui supprime  » les symboles ridicules ou d’un mysticisme outré « ).

Toujours sous l’impulsion de la Chevalerie qui en assurait le fonctionnement, la Fédération prit un caractère national en devenant autonome en 1928 pour former la F.F.T.A. (Fédération Française de Tir à l’Arc). Vers la même époque, le tir à l’arc devient un sport olympique.

Aujourd’hui elle tend à renaitre et certaines Compagnies possèdent des Chevaliers. Ceux ci sont discrets, et hormis dans une cérémonie traditionnelle il est difficile de savoir qui est quoi. Aujourd’hui, c’est encore et toujours un véritable titre de Chevalier que reçoit l’archer qui en est jugé digne et son intronisation est encore et toujours basée sur les mêmes obligations.

 

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